lundi, 29 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (21)
Les dieux, tout ce qui est de l’ordre du divin, sont là pour signifier aux hommes la gratuité.
Philippe Sollers, Le Coeur absolu
Photo : Nina Houzel
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dimanche, 28 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (20)
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vendredi, 26 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (19)
KIPLING L’ENCHANTEUR
Donnant la parole aux enfants, orphelins ou abandonnés, aux déclassés, exilés, soldats éreintés ou errants, aux amants broyés par l’implacable Destin (Mère Gunga et Empire colonial), Kipling a créé un monde et, simultanément, annoncé sa mort : le monde anglo-indien. Authentique métissage dont l’impossibilité n’est pas sans préfigurer l’extinction de l’Empire victorien quelques années après la mort de l’écrivain, qu’il n’a certainement pas souhaitée (il y tenait comme à “un paradis perdu”, dit A. Tadié, préface de Kim en Folio). L’image réductrice qui le faisait chantre de l’époque victorienne, ne tient pas devant le génie des textes, des contes aux nouvelles et à Kim, terme de la patiente élaboration d’un monde à venir, sa tragédie. Les fictions de Kipling, louées par Borges, explorent une intimité qui n’existe que par elles. Ce faisant, elles révèlent ce qui déjà bascule au coeur des êtres, tissent la passerelle entre un monde finissant et celui qui, lui succédant, n’a de visage que fantasmé. Kipling dévisage l’inconnu, jusqu’à lui donner une âme. Ni de l’anglais, ni de l’indien. Une âme bigarrée, mêlée mais partagée. Pour cela, il faut être visionnaire, voir au-delà de ce que d’ordinaire on perçoit. Tel ce personnage qui, dans La cité de l’épouvantable nuit, observe la ville endormie :“C’était là, en réalité, tout ce qu’il y avait à voir ; mais pas tout ce qu’on était capable de voir”. La prémonition, en l’occurrence, exige que soient franchies les bornes étroites de la sensation, que s’ouvrent des voies esthétiques inexplorées. Lieu de visions : l’Inde, où se joue le destin d’une humanité “à cru, tannée, toute nue, sans que rien s’interpose entre elle et le ciel de feu, sans rien sous les pieds que la terre vieillie, surmenée…” (La conversion d’Aurélien Mac Goggin). Terre soumise aux terribles coups du Destin. Les personnages sont pris dans les remous d’un “univers bouleversé” (Aurore trompeuse), dans “un sacré pays. Un pays sacrément pas ordinaire. Une espèce de pays fou” (Mulvaney, incarnation de Krishna). Kipling projette les personnages, et nous avec, “le plus loin possible de tous les êtres, de toutes les personnes” (Sa chance dans la vie). Rein ne vaut l’extase de l’amour : un musulman aime une “veuve d’hindou” (En temps d’inondation), une indigène un blanc (Lispeth, La noire et la blanche), un anglais une indigène (Hors du cercle, À mettre au dossier, Comment Mulvaney épousa Dina Shadd, Sans bénédiction nuptiale). Le trouble prémonitoire est d’une puissance rare dans les récits qui se déroulent dans la “zone frontière”, où “les relations se compliquent de la façon la plus bizarre entre le Noir et le Blanc” (Sa chance dans la vie), véritable mutation, annonciatrice d’un être inouï. Génie de l’écrivain qui donne vie et mort, dans le même temps, l’une doublée de son autre, sans laquelle rien n’aurait lieu. Lieu du texte, géo-graphie tissée de rêves et d’angoisses, de morts annoncées, de vies jetées au vent et au soleil. Inde brûlée, “grille où le feu est remplacé par le soleil”(Mulvaney, incarnation de Krishna), mais aussi “étroit et noir cul-de-sac où le soleil ne venait jamais” (Hors du cercle). Menace d’apocalypse : “une lueur dansait à l’horizon au grondement heurté d’un tonnerre lointain”(Sans bénédiction nuptiale). Fin annoncée ? Non. Les enfants seuls (Mowgli, Tod, Kim, etc.) portent ce qui, embryonnaire, n’est pas encore viable et reste à bâtir, par-delà misère, maladies et morts violentes que l’Histoire sécrète. L’essence de la prémonition, c’est le possible incarné par ceux qui, au seuil de l’ouvert, parlent comme Tod une langue aux accents cosmopolites, encore inhabitée.
Jean-Jacques Marimbert
Photo : Nina Houzel
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Carnets indiens, avec Nina Houzel (18)
Imagine que tu coupes un grand bambou en deux ;
De la partie basse, façonne une femme,
De la partie haute, un homme;
Frotte-les ensemble
Jusqu'à ce qu’ils s’enflamment :
Dis-moi maintenant,
Le feu qui naît,
Est-il mâle ou femelle,
O Ramanatha ?
- il est désir.
Devara Dasimayya
(traduit du kannada par A.K. Ramanujan)
Photo : Nina Houzel
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jeudi, 25 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (17)
Pour moi, la vérité dans le roman est étroitement liée au degré de conviction qu’inspire sa peinture de la réalité intérieure. Si cette réalité intérieure est convaincante, le lecteur peut accepter les arguments les plus invraisemblables. J’ai l’impression que de nos jours on a du mal à accepter que la fiction puisse prendre des libertés avec la réalité, alors que c’est dans la nature même de la fiction d’être infidèle au réel. C’est en nous racontant des histoires qui ne sont pas vraies que le roman s’approche de la vérité.
Salman Rushdie (interview à lire en entier ici)
Photo : Nina Houzel
12:55 Publié dans littérature | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Carnets indiens, Nina Houzel, Inde, Salman Rushdie, littérature, photo
Carnets indiens, avec Nina Houzel (16)
L'Inde nous apparaît aujourd'hui comme un musée de l'histoire où tous les âges de l'humanité coexistent dans un éternel présent.
Alain Daniélou
Photo : Nina Houzel
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mercredi, 24 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (14)
"Emigrer, c'est sans nul doute perdre sa langue et son foyer, être défini par les autres, devenir invisible ou, pire, une cible; c'est exprimer de profondes transformations et déchirements spirituels. Mais le migrant n'est pas simplement transformé par son acte : il transforme également son monde. Il est peut-être vrai que le migrant devient un mutant, mais c'est d'une telle hybridation qu'émergera la nouveauté."
Salman Rushdie
Photo : Nina Houzel
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mardi, 23 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (13)
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samedi, 20 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (12)
Je ne veux pas que ma maison soit murée de toutes parts, ni mes fenêtres bouchées, mais qu'y circule librement la brise que m'apportent les cultures de tous les pays
Photo : Nina Houzel
01:13 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, art, poésie, photo, Nina Houzel, Gandhi, Inde
vendredi, 19 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (11)
C'est si calmant de se représenter les choses! Ce qui est affreux c'est ce qu'on ne peut pas imaginer
Marcel Proust
Photo : Nina Houzel
13:07 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Photo, littérature, art, Nina Houzel, Proust, imagination
Carnets indiens, avec Nina Houzel (10)
"Je crois qu'il faut poser le pied assez légèrement sur terre"
Jacques Chardonne
Photo : Nina Houzel
00:30 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : littérature, art, poésie, photo, Nina Houzel, Jacques Chardonne, Inde
mercredi, 17 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (9)
Ce qui de toi effleure l'aile des albatros
tu ne le connaîtras jamais
Jean-Luc Aribaud
Photo : Nina Houzel
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mardi, 16 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (8)
Peindre un tableau, c'est comme jouer au jeu de go. On s'efforce de déposer sur l'échiquier des "points disponibles". Plus il y en a, plus on est sûr de gagner.
Huang Ping-Hung (Chine, Dynastie Ts'ing)
Photo : Nina Houzel
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vendredi, 12 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (6)
Comment peut-on apprendre à se connaître soi-même ? Par la méditation, jamais, mais bien par l'action
Gandhi
Photo : Nina Houzel
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jeudi, 11 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (7)
Inde, vents, mers, pays du plus lointain, l'esprit flotte, vents sereins, mirages légers, pays vertical
Photo : Nina Houzel
21:55 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Carnets de voyage, Inde, photo, Nina Houzel
Carnets indiens, avec Nina Houzel (5)
« Donner de l’amour, les lâches ne le peuvent pas. C’est la prérogative des humains courageux."
Gandhi
Photo : Nina Houzel
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Carnets indiens, avec Nina Houzel (4)
A travers la forêt des plaisirs sensoriels, rôde, en quête d'une proie, un tigre redoutable, que l'on appelle "le mental".
Viveka-çuda-Mani
Photo : Nina Houzel
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mercredi, 10 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (3)
Sois comme la fleur, épanouis toi librement; et laisse les abeilles dévaliser ton coeur !
Bhagavad Gita
Photo : Nina Houzel
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Carnets indiens, avec Nina Houzel (2)
Dans Nocturne indien, il y a une photographe et un écrivain. Tout se passe à demi-mots. C'est un livre magique, magnifiquement construit. La vie de Tabucchi est un roman. Comme écrivain, il affectionne la forme brève. Dans une interview au Matricule des anges, il cite Cortazar : "L'écrivain des récits sait parfaitement que le temps est son ennemi". L'interviewer insiste : "Il y a dans vos récits des trous, des pans entiers d'histoire que le lecteur doit reconstituer". Tabucchi répond : "J'appelle le lecteur à la complicité, parce que quand on raconte une histoire on ne la connaît pas parfaitement, on ne peut pas tout dire; l'écrivain aujourd'hui a perdu la clairvoyance des écrivains du XIXe siècle, il n'est pas sûr de lui, de la réalité, il a besoin d'être appuyé par quelqu'un, le lecteur, mon semblable mon frère."
Raymond Alcovère
Photo : Nina Houzel
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mardi, 09 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (1)
Je relis Noctune indien de Tabucchi. Il y a longtemps, ce livre m'avait impressionné, après j'avais lu presque tous les livres de Tabucchi. Avec lui les limites entre le réel et le rêve sont déplacées, on flotte entre les deux, on est bien dans cet inter-monde. Mais, alors que chez la plupart des écrivains qui habitent cette frontière indécise, on trouve plutôt de la froideur, chez lui l'émotion est toujours présente, palpable. Nocturne indien, c'est une histoire de voyage rêvé. J'aime les voyages rêvés. Je ne connais rien de l'Inde, je n'y ai jamais mis les pieds. Vers le milieu du livre, Tabucchi cite Victor Hugo, dans Les Travailleurs de la mer : "Le corps humain pourrait bien n'être qu'une apparence. Il cache notre réalité, il s'épaissit sur notre lumière ou sur notre ombre."
Raymond Alcovère
Photo : Nina Houzel :"Bangalore. Le parc de Lalbagh"
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Mon corps est plus dans mon âme que mon âme n'est dans mon corps